Pour l'Arménie, contre la loi

22-02-2012

Pour l’Arménie, contre la loi


L’été de mes quinze ans, deux livres me feront voir le monde d’une autre façon, Si c’est un homme, de Primo Levi et Un génocide exemplaire : Arménie 1915, de Jean-Marie Carzou. Dès lors la shoah ne cessera de me hanter, ainsi que le génocide arménien, que ma mémoire fredonne sur l’air de Ils sont tombés du grand Aznavour. Je l’évoque dans mon petit Pour Malraux, paru en 1996. Je conserve, comme une relique, Sissouan ou l’Arméno-Cilicie, le mémorial, acheté naguère au Caire, publié par les Frères de Saint-Lazare de Venise après les massacres de 1895, que j’ai fait reproduire à quelques exemplaires pour Pascal Carmont, notre ancien Consul Général à Alexandrie, auteur des Amiras, et pour d’autres amis qui se reconnaîtront. J’ai exhumé un ouvrage peu connu du Général de Gaulle, Histoire des Troupes du Levant, où il évoque notre Armée de Cilicie qui s’est fait tailler en pièce jusqu’en 1921 pour protéger les Arméniens qui étaient demeurés dans leur pays. Ce texte vient d’être édité comme le prolongement naturel de La France et son Armée. On aura compris que j’ai toujours été un sympathisant engagé de la mémoire arménienne.


Pourtant, si j’avais été à Paris plutôt que dans ma circonscription savoyarde, en cette avant-veille de Noël –ou presque- où la proposition de loi de mon amie Valérie Boyer que je respecte et que j’admire à maints égards, avait été inscrite subrepticement à l’ordre du jour de l’Assemblée Nationale, je ne l’aurais pas votée. Et j’ai cosigné le recours devant le Conseil Constitutionnel.


Pourquoi ?


Par indifférence au génocide arménien ? Assurément pas.

Par peur de la Turquie ? Pas davantage. Il ne faut jamais renoncer à être juste par peur des réactions. Je me souviens de ces chefs de grandes entreprises françaises qui conchiaient Jacques Chirac en 2003, au motif que sa position sur l’aventure américano-britannique en Irak, leur fermeraient les marchés fabuleux de la reconstruction qui ne tarderaient pas, après quelques semaines d’une promenade militaire de quelques mois, gagnée d’avance… On connaît la suite. Je n’ai par ailleurs jamais compris que la Turquie ne reconnaisse pas l’évidence et la réalité du génocide, d’autant que le triumvirat de Jeunes Turcs, Talaat, Djemal et Enver Pacha, qui en est à l’origine, signe l’Empire finissant, et non la République Kémaliste, fondée sur des bases radicalement nouvelles. La Turquie contemporaine s’honorerait tout simplement de reconnaître ce qui fut, au lieu de s’enferrer dans le déni, et d’exercer ces pressions sur son territoire, comme à l’étranger, sur les historiens et les chercheurs pour nier plus d’un siècle après que 1,2 million d’Arméniens sont morts par préméditation, ce qui s’appelle un génocide.


Par juridisme intempestif ? Laissons le Conseil Constitutionnel trancher. A lire les constitutionnalistes, qui ne sont pas toujours convaincants, on sait le sujet complexe, notamment dans ses interférences avec le droit européen. Il sera intéressant de voir la position de notre juridiction constitutionnelle sur ce sujet. Étant entendu que l’on sait bien qu’il n’est pas d’abord juridique. C’est si vrai qu’il n’existe pas même en Arménie une loi équivalente. On ne peut pas reprocher aux parlementaires, surtout quand ils ont l’impression d’avoir été mis devant le fait accompli, d’user de leurs prérogatives. J’ajoute que l’inconstitutionnalité éventuelle de la loi ne signifie évidemment pas que les allégations turques deviendraient légales.


Par naïveté politique ? La censure de ce texte serait donc un désaveu pour Nicolas Sarkozy, et point pour François Hollande ? Allons donc ! Ce texte d’origine socialiste a été endossé par la majorité, et approuvé par tous. Comment imaginer que les partis politiques, dont aucun n’a demandé le scrutin public au moment du vote de la loi, puissent être d’une telle légèreté sur un dossier aussi grave ? Tout le monde aura à gagner, que même animés par les meilleures intentions du monde, tombent les faux-semblants.


Non. Je pense tout simplement qu’il ne revient pas au Parlement d’écrire l’histoire. Dans cette grande querelle, j’ai toujours dit et écrit que ma position était celle exprimée par Pierre Nora, ainsi que Françoise Chandernagor. C’est d’ailleurs la conclusion d’une récente mission d’information de l’Assemblée Nationale, exceptionnellement présidée par le Président de l’Assemblée Nationale, Bernard Accoyer.


La question arménienne n’est pas historique, ni mémorielle. Même si le Parlement pourrait voter une résolution, comme l'a préconisé le rapport Balladur sur la réforme de la Constitution.


La question arménienne est politique. La solution est donc diplomatique. Les chancelleries doivent en faire une exigence dans leurs relations avec la Turquie, de la même manière qu’on exige l’abolition de la peine de mort, et que l’on devrait exiger qu’elle lève le blocus qu’elle impose à la République d’Arménie.


La liberté, la responsabilité et la cohérence ont toujours été les lignes de force qui ont déterminé mes votes à l’Assemblée Nationale. Sur cette inutile polémique, je ne m’en suis pas départi.



Hervé GAYMARD


Pour l'Arménie, contre la loi

Revenir au Franc serait-­il la solution miraculeuse ? par Hervé Gaymard

01-01-2012

Revenir au Franc serait-il la solution miraculeuse ?



Dans les périodes de désarroi, il est évidemment tentant de s’en remettre à des solutions apparemment simples, d’autant que pour les plus de trente ans, il y a une relation affective plus forte pour le Franc que pour l’Euro. Je pense pourtant que faire croire aux Français qu’un retour au Franc réglerait nos difficultés relève de la tromperie. Et les décideurs politiques, ainsi que les commentateurs qui défendent cette idée, apparemment populaire, savent très bien qu’ils mentent aux Français.


La décision politique est plus difficile à prendre que pour le passage à l’Euro, décidé « à froid », dans un contexte favorable, préparé par de nombreux traités, et approuvé par referendum. Au contraire, la décision de quitter l’Euro doit se faire dans la plus grande confidentialité, pour éviter les raids spéculatifs dans les jours qui précédent l’effectivité du changement de monnaie, sans consultation démocratique préalable, car il ne s’agirait pas de construire une monnaie dans une démarche volontariste, mais de détruire une monnaie dans l’affolement.


Les considérations techniques ne sont pas à négliger : il faudrait frapper des pièces, imprimer des billets, dans la plus grande discrétion, en quantité suffisante, ce qui relève d’une prouesse impossible.


Mais le plus important est évidemment les conséquences qu’une telle décision aurait sur la vie quotidienne des Français. Le Franc perdrait sans doute le tiers de sa valeur, ce qui aurait plusieurs conséquences négatives. D’abord le coût du remboursement de la dette s’accroîtrait d’autant, ce qui étranglerait davantage le budget de l’Etat, provoquant l’augmentation des impôts, le gel de tout investissement, la baisse des salaires des fonctionnaires, et la baisse des prestations sociales. Le coût des importations, notamment le gaz et le pétrole, augmenterait encore le déficit commercial, et provoquerait une inflation importée, qui pourrait avoisiner les 20 %. Bien évidemment, les salaires ne pourraient pas suivre cette spirale inflationniste, le pouvoir d’achat s’effondrerait pour le secteur privé comme pour le secteur public, provoquant au bas mot un doublement du taux de chômage actuel. La défiance vis à vis de l’Etat provoquerait un accroissement des taux d’intérêt, une raréfaction du crédit, qui s’entendrait immanquablement aux entreprises et aux ménages. Un contrôle des changes strict, asphyxierait l’économie française, qui entrerait, après une chute brutale, dans une phase de déclin prolongé.


Est-ce que, à l’inverse, la dépréciation de la monnaie aurait des incidences positives sur notre économie, du fait de la surévaluation de l’Euro, par rapport au Dollar américain et au Yuan chinois ? Rien n’est moins sûr, car si certaines de nos entreprises retrouvaient de la compétitivité, nous serions contraints d’importer encore des biens que nous ne fabriquons plus depuis longtemps. A long terme, on peut faire le pari d’une certaine réindustrialisation, mais le choc négatif du changement de monnaie serait bien supérieur aux gains éventuels à long terme.


Le retour au Franc n’est donc pas la solution. Cela ne veut pas dire évidemment que les choses peuvent rester en l’état. Ce qui veut dire d’abord qu’il ne faut pas faire d’erreur de diagnostic.

Au rebours des idées reçues, je pense qu’il est impropre de parler de crise de l’Euro. L’Euro est une monnaie solide, dont la parité n’a pas dévissé, qui est acceptée dans le monde entier, et qui devient chaque année davantage un instrument de réserve. La zone Euro, globalement, est en bien meilleure situation économique et financière que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, et le Japon.


D’où viennent les difficultés ?


D’abord parce qu’un certain nombre de pays ont un endettement public excessif, au-delà de la situation de la Grèce, marginale au sein de la zone Euro, mais qui a été le détonateur d’une situation sous-jacente. Il faut donc réduire les déficits et l’endettement publics, et adopter cette « règle d’or » qui consiste à ne pas s’endetter pour payer des dépenses de fonctionnement, ce qui est le simple bon sens.


Ensuite parce que la zone Euro n’est pas gouvernée comme le sont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, ou le Japon. L’union monétaire est incomplète : la Banque Centrale Européenne, n’est pas le prêteur de dernier ressort, qui garantit la crédibilité des Etats partout dans le monde ; il n’y a pas de politique économique et budgétaire de la zone euro, faute d’une intégration suffisamment poussée, car jusqu’à présent les Etats-membres de la zone n’ont pas poursuivi les mêmes objectifs.


Bien avant que cette crise ne survienne, j’ai conclu un article sur ce sujet, il y a quelques années, sur cette exclamation : « Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, étonnez nous ! ». Nous y sommes. On a pu critiquer l’insuffisante réactivité des dirigeants européens ces dix-huit derniers mois. Il est vrai que certaines bonnes décisions, prises plus tôt, auraient évité cette crise de confiance larvée, nourrie par des sommets de la dernière chance qui se succèdent, sans apparemment prendre des décisions suffisamment fortes pour être efficaces. Mais il faut être conscient de l’ampleur de la crise que nous traversons, dans ses multiples facettes : financière, économique, sociale, monétaire, morale. De l’histoire et des mentalités différentes des peuples européens aussi. Mais grâce à la capacité d’entraînement du Président de la République, de bonnes décisions ont été prises, tant sur le plan mondial dans le cadre du G20, que dans le cadre européen.


Il ne faut pas chercher des boucs émissaires ou des solutions miraculeuses pour sortir de la crise actuelle. Il faut tout simplement tracer le chemin. Au plan mondial, renforcer les régulations financières et bancaires, et promouvoir un commerce international plus équilibré. Au plan européen, construire un gouvernement économique de la zone euro, avec des efforts partagés. Au plan national, lutter contre les gaspillages et les abus, combattre la société d’assistance pour retrouver des marges de manœuvre pour investir dans les projets d’avenir, et d’abord dans la jeunesse qui désespère d’une société vieillissante qui ne s’intéresse pas suffisamment à elle. C’est donc d’un retour du politique au meilleur sens du terme que j’appelle de mes vœux.



Hervé GAYMARD

1er Janvier 2012

Tribune Euro-Franc

RECONSTRUIRE ! Que faire de l'UMP ? par Hervé Gaymard

23-09-2011

Que faire de l'UMP ? Retour sur une histoire de dix ans pour gagner l'élection présidentielle

Retrouvez ici les propos d'Hervé Gaymard :

 

 

RECONSTRUIRE ! Que faire de l'UMP ? par Hervé Gaymard

Controverses de Marciac 2010 : La Méditerranée au cœur de l'Europe

01-08-2010

Dans le cadre des 16èmes Controverses de Marciac (Gers) "La Méditerranée au cœur de l'Europe : sonder les fractures, dévoiler les failles, révéler les accords", Hervé Gaymard - auteur en 2007 de « Un nouvel Usage du Monde » (Ed. Mille et une nuits), ouvrage dans lequel il prône une France plus active dans les pays émergents - était convié à porter un regard panoramique sur l’Europe, la Méditerranée et le Monde. Un point de vue sans concession ni faux-semblants.

Controverses de Marciac 2010 : La Méditerranée au cœur de l'Europe

L’expertise internationale face aux crises

18-05-2010

Intervention d'Hervé Gaymard dans le cadre des rendez-vous de l'expertise 2010

Retrouvez les propos d'Hervé Gaymard :

Intervention Hervé Gaymard aux rendez-vous de l'expertise 2010

Intervention Conférences stratégiques annuelles IRIS 4-5 mai 2010

04-05-2010

Intervention d'Hervé Gaymard sur le thème : "Le developpement durable, nouvel enjeu geopolitique?"

Retrouvez les propos d'Hervé Gaymard

Intervention Conférences stratégiques annuelles IRIS mai 2010

Eléments de réflexion pour une croissance verte - Forum Ifri mai 2009

11-05-2009

Ifri: Forum France-Corée (mai 2009) "Éléments de réflexion pour une croissance verte"

Retrouvez les propos d'Hervé Gaymard :

Elements de reflexion pour une croissance verte - Forum Ifri mai 2009

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